Programme National de Recherche sur l’Alimentation 2007 - 2010
CHILDREN & FUN FOODS
La consommation enfantine d’aliments ludiques : entre plaisir, risque et éducation…


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Focalisé sur un objet précis  - le segment des produits alimentaires ludiques - ce projet veut éclairer les enjeux du rapprochement qui s'opère entre deux sphères considérées comme des espaces propres de l'enfance : les activités ludiques et les plaisirs alimentaires. Que ce soit au niveau du produit alimentaire lui-même, de sa conception, de sa présentation ou de la communication qui le porte, on constate une mise en scène qui renvoie à l'univers enfantin et à ses activités, à ses plaisirs, ses représentations, ses références en termes de héros, de modes... Le segment de marché des aliments ludiques et sa communication s'appuient sur un certain nombre de mécanismes ludiques. Cette association trouve sa place dans un contexte de pratiques et de représentations où depuis quelques années alimentation et jeu ne s'excluent plus, mais se combinent pour renforcer des stratégies commerciales et/ou pour renforcer l'impact de politiques d'éducation nutritionnelle.

 

Ce projet se propose d'étudier la construction de ce champ du ludo-alimentaire en étudiant comment s'élabore cette synergie au niveau de la consommation enfantine, à la fois à partir de la production, par l'étude de la conception et de la communication du point de vue des professionnels, et à partir de la consommation, par l'étude de la réception de ces produits/communications et des pratiques des acteurs que sont les enfants et les adultes, sans oublier l'aménagement physique de l'espace commercial… Les inégalités ou différences de trajectoires familiales qui s'expriment dans l'éducation alimentaire et dans l'accès aux informations nutritionnelles et à leur réappropriation par l'enfant seront plus particulièrement étudiées dans une perspective pluri-disciplinaire.

 

L'équipe saisira comment est appréhendé par les uns et les autres le caractère ludique, mais aussi comment sont pensées au niveau de cet espace de l'alimentation enfantine les pratiques éducatives qui visent la consommation. Il s'agira :

  • de cerner les modalités de la mise en scène des désirs et plaisirs de l'enfant en matière d'alimentation et de jeu par les rhétoriques commerciales,
  • d'explorer la tension entre ces désirs ou plaisirs de l'enfant et les risques auxquels il se trouve inéluctablement confronté comme acteur de la société de consommation dans les discours et les pratiques,
  • de s'interroger sur les possibilités de recadrage de cette dialectique plaisir  - risque dans une perspective éducative ou prophylactique. 

Ce projet interdisciplinaire exploratoire vise en outre à analyser comment les enfants de 4 à 12 ans eux-mêmes vivent leurs expériences de consommation d'aliments ludiques. Les enfants seront segmentés entre ceux qui sont tributaires des adultes pour l'information écrite et ceux qui jouissent d'une plus grande autonomie de consommation et fréquentation des pairs : selon les catégories sociales la césure se situera entre 7 et 8 ans. L'objectif ne consiste pas à tester des hypothèses, mais de construire une perspective complète sur la consommation d'aliments ludiques du point de vue de l'enfant en traitant les problématiques suivantes :

  • étudier les conceptions intuitives des enfants sur les aliments susceptibles d'orienter leurs pratiques de consommation et analyser leur façon de rendre compte de leurs diverses expériences alimentaires et de la signification qu'ils leur assignent ;
  • retracer les modalités selon lesquelles le marketing opère une interpénétration des sphères de l'alimentation et du jeu, en analysant l'émergence du segment des aliments ludiques ;
  •  repérer les modalités d'une éducation informelle (sur le lieu de vente, au foyer, dans la fratrie ou le groupe de pairs) orientant les compétences de consommation des enfants relatives aux produits alimentaires.
  • repérer la façon dont les enfants jouent avec ou dans l'univers commercial, parfois indépendamment des stratégies mises en œuvre par les professionnels pour favoriser ce type d'activité ;
  • analyser les négociations à travers lesquelles se construit l'autonomie accordée à l'enfant en matière de pratiques alimentaires ; 

Cerner les différents registres concourant à la formation des pratiques de consommation de l'enfant en matière d'alimentation constitue un préalable indispensable à la définition de toute politique visant à transformer ces dernières. En effet, les pratiques sociales que recouvre le champ de la consommation enfantine font l'objet de vifs débats entre spécialistes, certains davantage préoccupés par la protection de l'enfant dans la société contemporaine, d'autres plus enclins à valoriser les capacités critiques des enfants et leur faculté d'adaptation aux différentes sollicitations commerciales. Il convient dans cette perspective de transformer les pratiques marketing afin d'établir des relations commerciales responsables avec les enfants et à évaluer l'impact potentiel d'initiatives éducatives destinées à accroître les compétences de consommation alimentaire des enfants.